Une carrière bien remplie...
Par Christophe MARTINOT, le samedi 17 octobre 2009 09:07 dans

Concernant ma vie professionnelle, pas de doute possible, elle est bien remplie et loin d’être terne. En effet, j’ai un parcours complètement atypique guidé, au départ, par la motivation de démontrer qu’il n’est nul besoin d’avoir fait de grandes études pour réussir. Dans une famille où les diplômes sont légions, il me fallait réagir. Vous ai-dit que ‘‘je n’ai qu’un B.E.P’’ ? STOP ! Ne partez pas et prenez encore quelques minutes pour découvrir qui je suis. A l’époque, ne pas poursuivre ses études n’était pas encore considéré comme un handicap car l’on savait également juger l’homme… Il existe des personnages aux noms prestigieux comme François Pinault (PPR), Clément Fayat (BTP) ou encore Albert Frère (financier) qui ont quitté l’école entre 15 et 16 ans sans diplôme. Ou bien encore, Norbert Dentressangle, Patrick Ricard ou Annette Roux (Beneteau) qui ne sont titulaires que du BAC. Je n’ai, bien sur, pas l’outrecuidance de me comparer à ces personnes mais ces dernières sont l’exemple qu’avec peu ou pas de bagage, on peut faire de grandes choses pour peu que l’on vous en donne l’occasion.
La première année m’a permis de découvrir le monde réel du travail. J’ai exercé comme aide comptable dans une société fabricant des pièces pour bateaux. Les clients étaient alors Beneteau ou encore Jeanneau (à l’époque). Je m’occupai d’une partie de la gestion des stocks et j’ai également assisté au salon du nautisme afin de pouvoir rencontrer les gens pour qui notre société travaillait. J’ai quitté cette société au bout d’à peine un an car l’opportunité d’entrer chez TEXTON s’est offerte à moi.
TEXTON est le nom de la société mais tout le monde la connaît sous la marque TEXALARM. TEXALARM était alors numéro 1 de l’alarme automobile et tentait de s’implanter également dans l’habitation. J’ai donc commencé par intégrer le département de l’alarme habitation où j’ai assisté son directeur dans des tâches extrêmement variées comme la relation téléphonique avec les clients, le traitement de leurs commandes. J’étais l’interface entre les bureaux et l’atelier de fabrication… A l’époque, on me considérerait parfois comme un chien fou, terme pas toujours flatteur mais qui, dans mon cas, était plutôt bon pour la suite de ma carrière. Premier arrivé et pratiquement toujours le dernier à partir, je faisais pratiquement tout en courant. Le grand patron de la société s’est vite intéressé à moi et m’a proposé de prendre la place du responsable administratif qui partait en retraite. C’est avec une fierté non dissimulée que j’ai accepté. A partir de là, je me suis occupé des commandes de tous les clients de la société, du S.A.V, de l’approvisionnement de certaines pièces, de la relation avec les commerciaux, de la logistique avec le libre choix de choisir les transporteurs et tous les problèmes qui s’y rapportent. Ce poste m’a permis d’être de plus en plus en relation avec les clients, que ce soit par téléphone ou encore sur les salons et c’est ce goût du contact qui m’a orienté dans une autre direction.
Me voici à présent chez PARISOT comme inspecteur des ventes. Le titre est certes un peu pompeux mais il a bien été le mien avec le statut de cadre. Je garde un excellent souvenir de mes 5 années passées dans ce groupe leader européen sur le marché du meuble bas, moyen de gamme. A cela s’ajoute un immense respect envers Monsieur Jean-Claude PARISOT qui m’a véritablement marqué dans sa façon de voir les choses et à qui je dois beaucoup. Je retire d’abord une certaine satisfaction d’avoir été choisi pour le poste alors que j’étais en compétition avec des dizaines d’autres candidats. Je me souviens m’être retrouvé dans le dernier wagon où se trouvaient les ‘‘finalistes’’ qui allaient avoir la chance de rencontrer Jean-Claude PARISOT. Nous étions encore sept ou huit parmi lesquels se trouvaient des directeurs d’agences, des chefs de secteur ou encore des vieux routards ayant tout vu et tout entendu. Je suis passé le dernier ce qui m’a permis de constater que le visage humain était capable de se colorer de différentes façons. En effet, mes ‘‘compagnons’’ de route ressortaient de leur entretien dans un état que je qualifierai de fébrile passant pour les uns d’un visage bien blanc au rouge vif en se teintant parfois d’un joli vert. Difficile après cela de se sentir parfaitement à l’aise ! Vient mon tour, j’entre dans un grand bureau dans lequel se trouve un directeur et Monsieur Jean-Claude PARISOT à la stature très imposante et qui, sans le moindre sourire, me prie de m’asseoir. Une fois installé, il me dit juste : « Je vous écoute » A partir de là, je me suis lancé dans un long monologue d’un quart d’heure sans qu’il n’y ait la moindre hésitation dans mes propos. C’est cette assurance qui a fait que cet homme qui cherchait, au départ, un commercial ayant au moins 15 ans d’expérience et un BAC + 2 minimum, a décidé de me donner ma chance. Durant 5 ans, mon métier a été de démarcher des boutiques de meubles, indépendantes ou franchisées sur quelques départements de la région parisienne et entre mon arrivée et mon départ, j’ai augmenté mon C.A de 190%.
Dans l’optique d’aller toujours plus en avant, je décidais d’ouvrir mon propre magasin de meubles. 200m2 bruts de béton au pied d’un tout nouvel immeuble qu’il a fallu aménager durant quelques semaines. Un investissement important pour un demi-échec. Pour faire court, la mentalité de l’époque chez la plupart des marchands de meubles était d’appliquer des remises à outrance qui n’avaient en fait aucun sens. Peut-on juger crédible une personne qui vous annonce de suite pouvoir vous faire une remise de 50%, puis devant votre hésitation continue par vous proposer 10, 15, 20, 25 ou 30% de ristourne supplémentaire ? Lorsque ces marchands vous faisaient le maximum de remise, il leur restait encore une marge d’au moins 2,5 voire 3 alors que de mon côté j’ai pensé naïvement qu’en affichant des prix entre 2 et 2,3, j’aurai plus de chance d’attirer les clients. C’était sans compter sur la mentalité de ces mêmes clients qui, habitués à obtenir des remises de 50% et plus, ne comprenaient pas que je ne puisse avoir la même ‘’générosité’’. Ils ne se donnaient pas la peine de comparer les prix… Vous pouvez être le plus honnête du monde, on ne change pas la mentalité des gens. J’ai pu continuer à me regarder dans une glace mais plus dans celle de mon magasin que j’ai du fermer.
C’est ensuite le hasard qui m’a parachuté dans le transport d’abord en tant qu’associé et ensuite seul. Pour ces deux sociétés, le travail était le même à savoir assurer la sous-traitance pour une société américaine mondialement connue. Plusieurs chauffeurs assuraient des liaisons régulières sur toute la France avec des fourgons de 14M3. Mon rôle était d’embaucher ces conducteurs, de les manager, d’acheter leurs véhicules et de suivre l’entretien de ces derniers. J’étais en relation permanente avec les clients et conduisais personnellement mon fourgon pour des liaisons occasionnelles sur toute la France et pays limitrophes. J’ai exercé cette activité durant 8 ans jusqu’à ce que le pétrole se mette à atteindre des sommets.
J’ai donc arrêté le transport mais ai conservé ma société tout en y modifiant l’activité car c’est à ce moment là que c’est offert à moi la possibilité d’ouvrir mon épicerie fine, vieux rêve datant de plusieurs années. Ce rêve n’a malheureusement duré qu’un an car la crise s’installait progressivement et la ville choisie n’était plus aussi intéressante que quelques années auparavant. Malgré l’excellent contact que j’avais avec la clientèle, cette dernière n’était pas suffisamment nombreuse pour que je puisse continuer dans de bonnes conditions et j’ai dû revendre mon bail. Maigre consolation, 6 autres boutiques dans la même rue étaient en vente me laissant ainsi penser que je n’étais pas complètement responsable de cet échec.
Ainsi s’achève mon parcours qui, quoi qu’il en soit a été riche d’enseignement. J’ai gagné plus d’argent que je n’en ai perdu et je suis fier de ne jamais avoir laissé la moindre dette derrière moi. Ce parcours atypique, fait-il de moi une personne perpétuellement incertaine sur son orientation de carrière ? La réponse est définitivement non. J’ai eu la chance de pouvoir faire tout ce que je souhaitai et je sais ce dont je suis capable.
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